Dermatologie
Pelade et score SALT : comment se mesure l'atteinte du cuir chevelu
Ce qu'est la pelade, pourquoi les dermatologues quantifient la perte de cheveux avec le score SALT plutôt qu'à l'œil, comment les quatre zones du cuir chevelu sont pondérées, et ce qu'un grade S0-S5 dit — ou ne dit pas.
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Score SALT Pelade
Ce qu'est réellement la pelade
La pelade (alopecia areata) est une maladie auto-immune dans laquelle le système immunitaire attaque le follicule pileux, provoquant une chute des cheveux par plaques bien délimitées. Elle n'est pas cicatricielle : le follicule survit à l'attaque, et c'est pourquoi les cheveux peuvent repousser même après de longues périodes de perte. Elle touche enfants et adultes des deux sexes, et n'est causée ni par un défaut d'hygiène, ni par l'alimentation, ni par les produits capillaires.
Son évolution est réputée imprévisible. Certaines personnes n'ont qu'une plaque qui repousse en quelques mois et ne revient jamais ; d'autres enchaînent les poussées pendant des années. C'est précisément cette variabilité qui rend une mesure reproductible nécessaire : sans elle, la seule chose que l'on puisse dire est « un peu mieux que la dernière fois ».
Pourquoi un chiffre plutôt qu'une impression
Le score SALT (Severity of Alopecia Tool) a été introduit en 2004 par le groupe de travail de la National Alopecia Areata Foundation dirigé par Elise Olsen, afin de standardiser la façon de décrire l'atteinte du cuir chevelu. Auparavant, deux dermatologues face à la même tête pouvaient la décrire de deux manières différentes, ce qui rendait impossible la comparaison des traitements entre études.
Le SALT n'exprime qu'une seule chose : le pourcentage de surface du cuir chevelu dépourvue de cheveux, de 0 à 100. C'est aujourd'hui le critère standard des essais cliniques sur la pelade, et c'est pourquoi les résultats sont généralement rapportés en « SALT50 » ou « SALT90 » : la proportion de patients dont le score s'est amélioré de 50 % ou de 90 %.
Comment les quatre zones sont pondérées
Le cuir chevelu est divisé en quatre zones, et chacune compte selon la surface qu'elle représente réellement. Le sommet du crâne pèse bien plus que l'un ou l'autre des côtés : une même plaque visible donne donc un score très différent selon l'endroit où elle se trouve.
Poids de chaque zone
Sommet (vertex)
40 %
De loin la contribution la plus importante. Une perte ici fait grimper le score très vite.
Arrière (occiput)
24 %
La deuxième zone la plus étendue.
Côté droit
18 %
Chaque côté pèse autant, bien moins de la moitié du sommet.
Côté gauche
18 %
Symétrique au droit : les mêmes 18 %.
Pour chaque zone, on estime le pourcentage de cette zone sans cheveux, on le multiplie par son poids et on additionne les quatre résultats. Un cuir chevelu dont la moitié du sommet est atteinte, et rien d'autre, obtient 20 : 50 % de 40. La même perte de 50 % limitée à un seul côté donnerait 9.
Ce que signifient les grades S0-S5
Le score chiffré est ensuite placé dans une tranche, qui sert d'abréviation dans le dossier médical et dans les publications.
Tranches de sévérité
S0
Aucune perte
Aucune perte de cheveux détectable.
S1
< 25 %
Perte en plaques limitée.
S2
25-49 %
Entre un quart et la moitié du cuir chevelu.
S3
50-74 %
Plus de la moitié, mais il reste des cheveux.
S4
75-99 %
Perte étendue, cuir chevelu majoritairement atteint.
S5
100 %
Perte complète du cuir chevelu (pelade totale).
Le SALT mesure le cuir chevelu, et rien d'autre
La perte des sourcils, des cils, de la barbe ou des poils du corps n'entre pas dans le score. Elle est notée séparément, et compte cliniquement même lorsque le score SALT est bas.
Ce que le score ne dit pas
Un score SALT est une mesure, ni un diagnostic ni un pronostic. Il indique quelle part du cuir chevelu est actuellement dégarnie ; il ne dit pas pourquoi, ni si les cheveux repousseront, ni quel traitement fonctionnera. Deux personnes ayant le même score peuvent avoir des perspectives totalement différentes.
- Il ne distingue pas la pelade des autres causes de chute. Une perte en plaques peut aussi venir d'une teigne du cuir chevelu, d'une trichotillomanie ou d'alopécies cicatricielles, qui appellent des traitements entièrement différents.
- Il ne traduit pas l'activité de la maladie. Un score stable peut masquer des cheveux qui tombent d'un côté pendant qu'ils repoussent de l'autre.
- Il ne mesure pas le retentissement. La détresse n'est pas proportionnelle au pourcentage : une petite plaque sur la ligne frontale peut peser bien plus sur une personne qu'une perte étendue sur une autre.
- C'est une estimation visuelle. L'accord entre observateurs est bon mais imparfait : des mesures successives par la même personne sont plus informatives qu'un chiffre isolé.
Quand consulter un dermatologue
Motifs de consultation
- Toute perte de cheveux en plaques qui apparaît pour la première fois, afin d'en confirmer la cause. Plusieurs affections se ressemblent et ne répondent pas au même traitement.
- Une perte qui s'étend rapidement en quelques semaines, ou qui touche les sourcils et les cils.
- Rougeur, desquamation, démangeaison, douleur ou cicatrice visible du cuir chevelu : cela éloigne de la pelade et oriente vers des affections susceptibles de détruire le follicule définitivement.
- Une chute de cheveux chez un enfant, qui nécessite un avis pédiatrique.
- Toute perte, quelle qu'en soit l'étendue, qui retentit sur le moral, le sommeil, le travail ou la vie sociale. C'est un motif clinique en soi, indépendamment du score.
Idées fausses courantes
- « C'est le stress » → Le stress peut jouer un rôle déclenchant chez certaines personnes, mais la pelade est une maladie auto-immune, pas la conséquence d'un souci.
- « Les cheveux ne reviendront pas » → Le follicule n'est pas détruit. La repousse reste possible même après des années, sans qu'on puisse la promettre.
- « Un score élevé veut dire que cela va empirer » → Le score est un instantané. Il ne dit rien de la suite.
- « Des shampooings ou compléments spécifiques règlent le problème » → Aucun cosmétique local n'agit sur le processus auto-immun sous-jacent.
Cet outil ne pose pas de diagnostic
Calculer un score SALT permet de décrire et de suivre la perte de cheveux de façon cohérente dans le temps. Ce n'est pas un diagnostic et cela ne remplace pas l'examen par un dermatologue.
Sources consultées
- Olsen EA et al. (2004). Alopecia areata investigational assessment guidelines — Part II. National Alopecia Areata Foundation. J Am Acad Dermatol 51(3):440-447.
- Pratt CH et al. (2017). Alopecia areata. Nat Rev Dis Primers 3:17011.
- Strazzulla LC et al. (2018). Alopecia areata: disease characteristics, clinical evaluation, and new perspectives on pathogenesis. J Am Acad Dermatol 78(1):1-12.


