Cardiologie
AVC vs hémorragie dans la FA : CHA₂DS₂-VASc et HAS-BLED
Dans la fibrillation atriale, l’anticoagulant qui prévient un AVC peut aussi provoquer une hémorragie. Deux scores — CHA₂DS₂-VASc et HAS-BLED — traduisent en chiffres les deux faces de cette décision.

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CHA₂DS₂-VASc (risque d'AVC)
Si vous avez une fibrillation atriale, la question centrale du traitement n’est pas simplement « ai-je besoin d’un anticoagulant ?» — c’est un équilibre. Le même anticoagulant qui prévient un AVC dévastateur augmente aussi le risque d’hémorragie grave. Deux systèmes de score validés traduisent en chiffres chaque face de cet équilibre : CHA₂DS₂-VASc estime le risque d’AVC et HAS-BLED estime le risque hémorragique. Cet article explique ce que mesure chacun, comment il se calcule et, surtout, comment le médecin les pèse ensemble.

Pourquoi la fibrillation atriale augmente le risque d’AVC
La fibrillation atriale (FA) est un rythme cardiaque irrégulier, souvent rapide, où les cavités supérieures du cœur (les oreillettes) tremblent au lieu de se contracter de façon coordonnée. Comme les oreillettes ne se vident plus efficacement, le sang peut stagner — en particulier dans une petite poche appelée auricule gauche.
Le sang stagnant a tendance à coaguler. Si un caillot se forme dans le cœur puis se détache, il peut migrer vers le cerveau et boucher une artère, provoquant un AVC ischémique. C’est pourquoi les personnes atteintes de FA ont un risque d’AVC nettement plus élevé que celles en rythme normal, et c’est pourquoi prévenir la formation de caillots — par anticoagulation orale — est la pierre angulaire de la prévention de l’AVC dans la FA.
CHA₂DS₂-VASc : évaluer le risque d’AVC
CHA₂DS₂-VASc estime le risque annuel d’AVC ou d’embolie systémique chez une personne atteinte de FA non valvulaire. Il a été introduit par Lip et ses collègues en 2010, puis validé dans de très larges populations, dont la cohorte suédoise de fibrillation atriale de plus de 182 000 patients (Friberg 2012). Le score va de 0 à 9 ; chaque facteur de risque ajoute des points comme suit :
Comment s’additionnent les points CHA₂DS₂-VASc (0–9)
C — Insuffisance cardiaque congestive (1 point)
Antécédents d’insuffisance cardiaque ou de dysfonction ventriculaire gauche modérée à sévère.
H — Hypertension (1 point)
Antécédents d’hypertension artérielle, traitée ou non.
A — Âge (1 ou 2 points)
65–74 ans ajoute 1 point ; 75 ans ou plus ajoute 2 points. L’âge est l’un des facteurs qui font le plus monter le score.
D — Diabète (1 point)
Un diagnostic de diabète sucré.
S₂ — AVC / AIT / thrombo-embolie antérieurs (2 points)
Un AVC antérieur, un accident ischémique transitoire ou une embolie systémique : l’élément individuel le plus lourd, 2 points.
V — Maladie vasculaire (1 point)
Infarctus du myocarde antérieur, artériopathie périphérique ou plaque aortique.
Sc — Catégorie de sexe, féminin (1 point)
Le sexe féminin ajoute 1 point, généralement considéré comme un modificateur de risque et non comme une raison à lui seul de traiter.
Plus le score CHA₂DS₂-VASc est élevé, plus le risque annuel estimé d’AVC est élevé — ce qui fait pencher la balance vers la recommandation d’une anticoagulation. Vous pouvez calculer votre propre score avec notre calculateur.
Ouvrir le calculateur CHA₂DS₂-VASc →HAS-BLED : évaluer le risque hémorragique
HAS-BLED estime le risque d’hémorragie majeure à 1 an chez une personne atteinte de FA qui prend (ou pour qui l’on envisage) une anticoagulation. Il a été dérivé par Pisters et ses collègues en 2010 à partir de l’Euro Heart Survey. Il va aussi de 0 à 9, avec un point pour chacun des éléments suivants :
Les composantes du HAS-BLED (1 point chacune, 0–9)
- H — Hypertension non contrôlée (pression artérielle systolique élevée).
- A — Fonction rénale anormale (p. ex. dialyse, transplantation ou créatinine fortement élevée).
- A — Fonction hépatique anormale (maladie hépatique chronique ou perturbation biochimique importante).
- S — AVC antérieur.
- B — Hémorragie majeure antérieure ou prédisposition au saignement (p. ex. anémie).
- L — INR labile (valeurs d’INR instables ou hors cible sous warfarine).
- E — Âge avancé, plus de 65 ans.
- D — Médicaments favorisant le saignement (antiplaquettaires ou AINS).
- D — Consommation d’alcool de 8 unités ou plus par semaine.
Un score HAS-BLED plus élevé signale un risque hémorragique plus important et la nécessité d’un suivi plus rapproché — pas automatiquement une raison d’arrêter l’anticoagulation. Vous pouvez estimer votre propre risque hémorragique avec notre calculateur.
Ouvrir le calculateur HAS-BLED →Comment les deux scores sont pesés ensemble
C’est le message essentiel. CHA₂DS₂-VASc et HAS-BLED ne sont pas un bras de fer où le plus grand nombre l’emporte. Les recommandations ESC 2020 sur la fibrillation atriale (Hindricks 2021) sont explicites : un score HAS-BLED élevé ne contre-indique PAS l’anticoagulation. Il signale plutôt les facteurs modifiables à corriger et les patients nécessitant une surveillance plus attentive.

Plusieurs éléments du HAS-BLED sont modifiables : l’hypertension non contrôlée peut être traitée, l’INR labile stabilisé (ou la warfarine remplacée par un anticoagulant oral direct), les antiplaquettaires et AINS inutiles arrêtés, et la consommation d’alcool réduite. Corriger ces éléments diminue le risque hémorragique tandis que le patient reste protégé contre l’AVC. En pratique, les médecins utilisent CHA₂DS₂-VASc pour décider si l’anticoagulation est justifiée, puis HAS-BLED pour identifier et corriger ce qui rend le saignement plus probable.
Le côté bénéfice : à quel point l’anticoagulation aide
La raison pour laquelle cet équilibre penche généralement vers le traitement, c’est l’ampleur du bénéfice en prévention de l’AVC. Une méta-analyse de référence de Hart et ses collègues (2007) a montré que l’anticoagulation orale réduit l’AVC d’environ 64 % par rapport à l’absence de traitement antithrombotique dans la FA non valvulaire. Les recommandations ESC 2020 préfèrent désormais, en général, les anticoagulants oraux directs (AOD) à la warfarine chez la plupart des patients, car ils offrent une protection comparable ou supérieure avec un profil de sécurité plus prévisible et sans surveillance régulière de l’INR.
Les chiffres clés
Réduction de l’AVC sous anticoagulation
≈64 % vs absence de traitement antithrombotique (Hart 2007)
Plage du CHA₂DS₂-VASc
0–9 — plus élevé = risque annuel d’AVC plus élevé
Plage du HAS-BLED
0–9 — plus élevé = risque d’hémorragie majeure plus élevé
En résumé
CHA₂DS₂-VASc et HAS-BLED sont complémentaires, pas concurrents. Le premier quantifie l’AVC que vous cherchez à prévenir ; le second quantifie l’hémorragie que vous cherchez à éviter et, surtout, met en évidence les risques qui peuvent être réduits. Pour la plupart des personnes présentant un risque d’AVC notable, le bénéfice de l’anticoagulation l’emporte sur le risque hémorragique, surtout une fois les facteurs modifiables corrigés. Utilisez les deux calculateurs pour connaître vos propres chiffres, puis apportez-les à votre médecin.
Cet article est uniquement éducatif et ne constitue pas un avis médical. CHA₂DS₂-VASc et HAS-BLED sont des outils de dépistage, pas un substitut au jugement clinique. La décision de débuter, modifier ou arrêter une anticoagulation est individualisée et doit être prise par un médecin qualifié qui connaît l’ensemble de vos antécédents médicaux.
Sources consultées
- Lip GYH et al. (2010). Refining clinical risk stratification for predicting stroke and thromboembolism in atrial fibrillation using a novel risk factor-based approach: the Euro Heart Survey on Atrial Fibrillation. Chest 137(2):263-272.
- Pisters R et al. (2010). A novel user-friendly score (HAS-BLED) to assess 1-year risk of major bleeding in patients with atrial fibrillation: the Euro Heart Survey. Chest 138(5):1093-1100.
- Friberg L et al. (2012). Evaluation of risk stratification schemes for ischaemic stroke and bleeding in 182 678 patients with atrial fibrillation: the Swedish Atrial Fibrillation cohort study. Eur Heart J 33(12):1500-1510.
- Hindricks G et al. (2021). 2020 ESC Guidelines for the diagnosis and management of atrial fibrillation. Eur Heart J 42(5):373-498.
- Hart RG et al. (2007). Meta-analysis: antithrombotic therapy to prevent stroke in patients who have nonvalvular atrial fibrillation. Ann Intern Med 146(12):857-867.


